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Cette fiche fait partie d'un ensemble de fiches de lecture mises à disposition des lecteurs.

Des bibliographies sont proposées en management de l'innovation, management des droits de la PI et (bientôt) en entrepreneuriat.

 

 

Fiche de lecture


Holgersson, M., Granstrand, O. & Bogers, M., “The evolution of intellectual property strategy in innovation ecosystems: Uncovering complementary and substitute appropriability regimes”, Long Range Planning, vol.51, 2018, p.303-319.

 

Résumé

Les auteurs situent leur contribution dans le cadre de la classique problématique de l'appropriation des bénéfices de l'innovation et partent du modèle PFI de Teece. Ils notent toutefois que ce modèle reste focalisé sur une seule innovation donnée alors que beaucoup d'entreprises évoluent dans des écosystèmes plus ouverts, dans lesquels la valeur créée peut aussi provenir d'innovations introduites par d'autres (des technologies complémentaires), ce qui vient complexifier les stratégies de PI.

Dès lors, ils nous proposent une étude de cas historique du secteur de la téléphonie mobile (équipementiers et opérateurs). Ils commencent par la norme NMT qui s'est imposée dans un premier temps dans les pays de Scandinavie. Dans un contexte de monopoles nationaux et de fortes relations des opérateurs avec un équipementier, ces derniers collaboraient de manière assez ouverte, avec une gouvernance plutôt informelle et une très faible utilisation des brevets (seule une faible part des technologies mobilisées est protégée et, quand c'est le cas, des licences gratuites sont accordées). Le GSM partait sur des bases assez comparables, avec toutefois une gouvernance plus formelle, confiée à l'ETSI, émanation de la commission européenne. Toutefois, la stratégie de brevets et de licensing agressive de Motorola va obliger les principaux acteurs européens (Alcatel, Ericsson, Nokia, Siemens) à changer de stratégie et à pratiquer le dépôt défensif de brevets pour pouvoir signer des accords de liences croisées. A noter que pour les nouveaux entrants qui ne possédaient pas de brevets essentiels, ce système aboutissait à un coût élevé en royalties constituant de fait une barrière à l'entrée. L'UMTS, technologie de troisième génération est choisie d'abord en Europe - c'est un compromis entre des systèmes proposés par Nokia et Ericsson d'un côté et Alcatel et Siemens de l'autre, mais le succès du GSM dans le monde entier implique de raisonner à un niveau plus global. La standardisation est donc baculée de l'ETSI vers la Worldwide standardization organization. Du fait de l'expérience de l'utilisation stratégique du brevet dans le cadre du GSDM, le nombre de brevets déposés autour de cette technologie s'accroît encore. Qualcomm, en particulier, promoteur du standard rival aux Etats-Unis a essayé d'utiliser ses brevets pour imposer que l'UMTS soit compatible avec la norme CDMA 2000 et ne va être contré que grâce au portefeuille de brevets d'Ericsson sur cette même norme. Le successeur naturel de l'UMTS était le LTE-Advanced (norme à l'origine suggéré par NTT DoCoMo) mais un groupe d'entreprises issus notamment du monde de l'informatique a proposé un standard concurrent, le Wi-MAX et constitué rapidement un patent pooll permettant d'accéder rapidement et à un coût relativement modeste aux technologies intégrées. Le dernier épisode, la guerre de brevets autour du smarphone, développe à la fois la multiplication des actions en contrefaçon et celle de l'acquisition de portefeuilles de brevets (à l'image de l'acquisition de Motorola par Google) dans une optique parfois offensive mais le plus souvent défensive.

Les auteurs reviennent ensuite sur les apports théoriques de cette étude. Celle-ci confirme à la fois certains points du modèle PFI (comme le fait que les stratégies de PI des acteurs peut s'expliquer par leurs portefeuille d'actifs complémentaires), mais aboutit à un panorama plus complexe où :

- le régime d'appropriation n'est plus une donnée mais un élément de la stratégie d'appropriation des entreprises, celles qui disposent d'actifs complémentaires clés pouvant l'affaiblir sciemment ;

- le caractère fortement interdépendant des stratégies d'appropriation, qui oblige à s'intéresser aux mécanismes de gouvernance de ces écosystèmes ;

- les stratégies de PI poursuivent de multiples buts, tenant compte du caractère substituable ou complémentaire des technologies impliquées dans des standard et s'adaptent aux interactions concurrentielles ;

- les technologies les plus génératrices de valeur ne ont pas nécessairement celles qui sont intégrées à un standard, qui subissent une pression pour un affaiblissement du régime d'appropriabilité (illustré par les conditions dites FRAND) généralement imposées, mais plutôt des technologies complémentaires permettant de se différencier sur ces marchés fondés sur des standards.

Commentaire

Cet article participe à un mouvement qui consiste à affiner le modèle PFI de Teece, pour l'adapter aux caractéristiques de technologies systémiques et à un monde d'open innovation. Le choix d'une étude de cas historique sur une longue période s'avère intéressant.

Si l'article ne met pas en lumière de tout nouveau phénomène, il illustre de manière documentée plusieurs phénomènes.

Le premier est la complexité de l'utilisation de droits de PI, qui ont été peu utilisés dans ce contexte comme outils pour éviter l'imitation mais, d'une part, comme moyen d'obtenir des royalties (du moins à partir du moment où Motorola utilise ses brevets ainsi dans le cadre du GSM, ce qui illustre les effets d'entrainement de la stratégie d'un acteur sur les autres) et surtout d'accéder aux technologies des autres à un coût raisonnable. Les auteurs soulignent d'ailleurs un phénomène que nous avions étudié : ce type de stratégie que l'on peut qualifier d'ouverte du fait de l'utilisation d'accords de licences croisées crée aussi des barrières à l'entrée pôur les acteurs qui ne possèdent pas de brevets essentiels (voir notre article sur le sujet).

Le deuxième est le fait que le régime d'appropriation n'est pas une simple donnée que l'on subit mais peut devenir un levier stratégique. Là encore, nous avions, avec Mourad Attarça, montré comment, concrètement, en jouant à la fois sur leur stratégie de PI et le lobbying, les entreprises pouvaient influencer leur régime d'appropriation.

Cet article se situe donc dans une lignée qui contribue à enrichir le modèle PFI de manière à mieux intégrer à la fois les évolutions qui ont eu lieu depuis sa publication en 1986 et la complexité de certains phénomènes et de certaines stratégies, qui n'étaient pas nécessairement prises en compte dans le modèle d'origine - ici, les stratégies de PI et de standardisation - (sur ce point aussi, nous avions proposé une contribution au débat).

 

 

 

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L'auteur et webmaster de ce site est Pascal Corbel, Professeur en sciences de gestion à l'Université Paris-Sud.

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Dernière mise à jour
11 novembre 2018

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1er mai 2014

 

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